Représentation de l’économie locale

Introduction

Pour les acteurs locaux, les questions économiques majeures ont trait à la dynamique de la création d’emplois et de génération des revenus dans leur territoire, conçu ici comme un espace mis en mouvement par le jeu des acteurs.

Or, les représentations des économies locales sont largement dominées et imprégnées par les modèles conçus pour les économies nationales, notamment les représentations sectorielles privilégiant les indicateurs de production.

Or, il existe une différence de taille entre le plan macro-économique pour lequel le produit intérieur brut (ou la somme des valeurs ajoutées[1]) constitue une bonne mesure des revenus générés sur le territoire national, et de la capacité à créer des emplois et le plan local dans lequel les processus de formation des revenus sont plus fortement marquées par le jeu des facteurs « exogènes » au territoire (notamment les transferts dus aux politiques publiques et opérations privées d’export et d’importation). D’ailleurs, même en macro-économie nous avons appris à analyser différemment les petites économies ouvertes et les grandes économies disposant d’un large marché intérieur.

La suite de ce chapitre est organisée en trois points :

  • Présentation d’un cadre d’analyse approprié aux économies locales ;
  • Description des éléments de méthode en vue de sa mise en œuvre ;
  • Enseignements.

 

Cadre d’analyse

La théorie de la base économique, attribuée à W. Sombart (1916), et reprise par d’autres économistes urbains comme H. Hoyt (1954) ou historiens comme D. North (1955) offre un bon point de départ pour la compréhension des mécanismes de formation des revenus et la création des emplois dans un territoire donné.

Selon cette théorie, ce sont les revenus captés à l’extérieur qui sont à la base de la dynamique de son développement. Ces revenus captés à l’extérieur découlent soit des « exportations » de biens produits localement, soit des « importations » de revenus produits ailleurs.

Les revenus captés par le territoire (appelés également revenus « basiques ») vont se traduire par des dépenses locales en biens et services vendus localement, comme par exemple les commerces et les autres ser­vices de proximité. En ce sens, les revenus et les emplois des secteurs non basiques (ceux qui produisent des biens et services qui ne circulent que localement) de l’économie locale dépendent du revenu basique capté par le territoire.

Une décomposition utile a été introduite récemment par Veltz et Davezies dans la base économique des territoires. Selon l’origine des revenus captés, on pourra distinguer quatre composantes de la base, qui sont :

  • la base productive privée qui comprend les revenus du travail dans les secteurs agricole, commercial et industriel exportant hors du territoire considéré ;
  • la base résidentielle comprenant les revenus des actifs résidents qui travaillent ailleurs, les revenus des retraités et les dépenses des touristes et des habitants de résidences secondaires ;
  • la base publique comprenant les traitements des personnes du secteur public ;
  • la base sociale qui comprend les allocations sociales (allocations de chômage, revenu d’intégration, allocations familiales et mutuelle).

 

De cette approche analytique, on pourra facilement déduire les moteurs de la dynamique des bases dans une économie locale et comprendre par déduction les facteurs clés de sa dynamique de développement.

  • La taille de la base productive privée va dépendre de la compétitivité des entreprises localisées dans le territoire et de sa capacité d’attraction de projets d’investissement productifs.
  • Le potentiel de la base résidentielle va dépendre de la compétitivité locale des territoires, de leur attractivité résidentielle et touristique et de leur dynamique résidentielle.
  • L’importance de la base publique va dépendre des processus politiques d’affectation des ressources.
  • Quant au poids de la base sociale, il va dépendre de plusieurs facteurs socio-démographiques.

 

Mise en œuvre de l’analyse

Base

Statistiques nationales

Données communales

Enquêtes

Base publique

Rémunération des fonctionnaires

Effectifs des services extérieurs administratifs

Part dépensée localement

Base productive

Valeur unitaire des exportations

Volume des exportations de biens

Dépenses locales des revenus distribués par les entreprises exportatrices

Base résidentielle

Nuitées dans les établissements classées

Autres résidences

Dépenses effectuées localement

 

Elle passe par deux étapes qui sont celle de la caractérisation du profil de la base dans un territoire d’une part et celle de l’analyse de ses effets multiplicateurs sur l’économie locale. En combinant les deux, les acteurs locaux peuvent aboutir à une bonne représentation des facteurs clé de la dynamique économique de leur territoire et en déduire des leviers de développement.


Identifier et mesurer le poids des composantes de la base

Cette étape consiste à identifier les principales composantes de la base dans une économie locale d’une part et à mesurer pour chaque composante le poids en termes de captation de revenu externe revenant aux acteurs locaux et susceptibles d’être dépensées localement.

La matrice ci-dessous présente les sources d’information, qu’il s’agira d’utiliser conjointement, disponibles pour cette analyse de la base.


Décrire les effets multiplicateurs

Nous appellerons multiplicateur le facteur qui permet de valoriser au niveau local un revenu d’origine externe. Ce coefficient multiplicateur est d’autant plus grand que la part dépensée localement des revenus capté sera élevée. Les fuites des revenus sous forme d’épargne ou d’importations de biens et services directs ou « incorporées » dans les produits locaux.

Le schéma présente la cascade des effets au niveau local dus aux dépenses locales de touristes attirés par un festival, en séparant ce qui a un effet local (cadre plein) et ce qui sort de la zone (cadre pointillé) (« les fuites »).

Ce type d’analyse permet d’identifier les secteurs sur lesquels les décideurs locaux peuvent agir pour augmenter l’effet au niveau local de l’événement culturel.

comprendre


Leviers de développement

Un renforcement de la valeur du multiplicateur peut être recherché selon plusieurs possibilités. Premièrement, il faut veiller à ce que la majorité des dépenses des touristes reste dans la localité elle-même. La réalisation d'un tel objectif suppose souvent une amélioration de la qualité de l'offre. Il suppose aussi une politique de vente orientée vers des produits fabriqués localement - vins, fromages, souvenirs, voire vêtements et équipements sportifs ; la même logique s'applique également aux services.

Cependant, il ne suffit pas de retenir et de favoriser exclusivement les dépenses touristiques. Une deuxième stratégie consiste à encourager les résidents de la station à dépenser un maximum de leurs revenus sur place pour limiter autant que possible les fuites d'argent. Pour atteindre ce but, il faut envisager également une amélioration du volume et de la qualité de l'offre de services locaux ; il ne s'agit pas de services forcément identiques à ceux destinés à la clientèle touristique. Ceci suppose aussi des mesures sur les prix pour inciter les habitants à acheter dans leur commune, en utilisant, par exemple, un système de cartes de fidélité.

Une telle politique peut aller beaucoup plus loin en encourageant le développement sur place de services pour l'industrie touristique (nettoyage, publicité, location immobilière, conseil en informatique) et en favorisant l'embauche de la population locale dans les entreprises touristiques. Cette dernière démarche nécessite la mise en place de programmes de formations professionnalisantes adaptées. Enfin, une troisième démarche peut s'appuyer sur la voie fiscale et sur une réduction de l'imposition locale. Logiquement, même si en réalité les mécanismes sont assez complexes, une baisse des taxes locales offre aux habitants de nouvelles perspectives de consommation. Si de telles dépenses sont effectuées localement, ceci peut renforcer à son tour la valeur du multiplicateur.

Parmi ces différentes stratégies, une action en faveur de la création d'emplois réservés à la population locale paraît particulièrement intéressante. Pour les autres facteurs de production qui relèvent d'une station touristique, tels que les capitaux, les origines sont souvent externes, mais la main d'œuvre représente une ressource locale importante, beaucoup plus facile à contrôler ; en outre, le tourisme reste une activité caractérisée par une utilisation intensive de cette ressource.

Calculer les effets multiplicateurs

La formule générale de calcul des effets multiplicateurs des revenus basiques est la suivante :

M=1/(1-(Pd*Cl))

Pd est le coefficient qui mesure la propension à dépenser. Il est généralement compris entre 0,8 et 1, dans le cas où l’épargne est nulle.

Cl est le coefficient qui mesure la propension à consommer localement. Il est également toujours inférieur à 1. Il va varier en fonction de deux facteurs :

  • Les profils de consommation des agents économiques : la part des consommations locales sera élevée pour les ménages résidents de manière permanente et peu mobiles (ménage rural) et sera réduite pour les hauts revenus mobiles (cadre résident à temps partiel)
  • Le contenu en importations des biens et services vendus localement.

On retrouve dans cette formule le fait que la maximisation des effets multiplicateurs passe par l’attraction qu’exerce le territoire en termes de dépenses et le choix d’activités exportatrices bien intégrées au tissu économique local.

Enseignements

Le développement de l’économie locale suppose une démarche stratégique fondée sur trois piliers :

  • Mobilisation des secteurs de base capables d’entraîner l’économie locale
  • Renforcement de l’offre de biens et services locaux dédiés à la population et aux entreprises
  • Participation des acteurs locaux capables de démultiplier les effets de synergie entre les secteurs

 


[1] La valeur ajoutée est calculée comme différence entre la valeur d’une production et le coût des matières premières « consommées » au cours du processus de production. Elle sert à rémunérer les facteurs de production sous forme de salaires et d’excédent brut d’exploitation. Elle constitue un indicateur de la richesse créée par les facteurs de production que sont le travail, la terre et le capital dans un processus donné. En ramenant cette valeur ajoutée à la quantité de facteurs utilisée dans le processus, on peut déduire des indicateurs de leur productivité.

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