Former à la compréhension de l’économie locale

Analyse de l’économie locale et approche par les revenus

1. Objectifs

Il s’agit dans cette étape de changer l’approche traditionnelle des participants qui raisonnent en général en terme de secteurs : agriculture, transport commerce, etc. pour leur apporter une autre vision de l’économie locale basée sur la compréhension que le développement économique au niveau local dépend de la captation de revenus d’origine externe (appelés revenu de la base) et de la valorisation de ces revenus dans l’économie locale.

Pour cela dans un premier temps les participants doivent comprendre l’existence des revenus externes et internes, et en particulier les différents types de revenus externes, ensuite de comprendre le rôle que jouent ces deux types de revenus dans le développement de l’économie locale.

L’apport du formateur est dans ce cas d’expliquer ce qu’on appelle un revenu extérieur ou revenu de la base et un revenu interne ou revenu domestique.

Puis de proposer des outils d’analyse des différentes situations.

Ainsi les résultats à atteindre au travers de cette première étape de formation sont :

  • Apprendre à distinguer les différents types de revenus d’origine externe à une commune que l’on peut classer en trois catégories les revenus publics (salaires des fonctionnaires, retraites et pensions …), les revenus productifs qui viennent de l’exportation de biens et les revenus résidentiels qui correspondent aux revenus du tourisme ou aux transferts liés aux émigrés.
  • Être capable de représenter l’économie communale en mettant en évidence la fonction des revenus externes et internes dans le développement économique de la commune, en particulier leur rôle respectif dans l’emploi et la croissance.
  • Avoir compris le facteur multiplicateur des revenus extérieurs dans l’économie.

2. Déroulement

Le formateur présente la notion de revenu externe (de la base) et interne (ou domestique) en mettant en évidence la différence de cette approche avec l’approche traditionnelle basée sur les secteurs de production (cf. présentation de l’économie de la base et les revenus dans §2).

Il introduit ensuite l’exercice suivant :

JOUR 1
Chaque groupe est chargé dans un premier temps de décrire la part des différents revenus externes dans l’économie de différentes communes représentées par les participants de l’atelier en précisant les parts de ces différents types de revenus.

image002
(photo d’un tableau)

image004
(photo d’un tableau)

Les groupes présentent les résultats obtenus, comparaison, discussion, synthèse

image006

Synthèse mise en forme
 

Revenus publics

Revenus productifs

Revenus résidentiels

 

Ouallam

38

25

37

image008

Anzourou

45

15

40

image010

Natitingou

10

50

40

image012

Ségou

45

20

35

image014

Chaque groupe va ensuite analyser le rôle que jouent les activités externes et les activités domestiques (pour répondre à la demande locale) dans l’emploi local, la croissance et les niveaux de rémunération.

Question :
Quels sont les différents types de revenus internes et externes dans votre commune et leur part dans l’économie locale ?
On précisera de manière qualitative les caractéristiques en manière de revenus et de potentiel de croissance.

image016
(Photo d’un tableau)

Représentation globale de l’activité économique de la commune

Pour représenter les conséquences globales de l’activité économique de la commune et l’importance respective des différentes activités.

 

Proportion de l’emploi

Rémunération tendance : -,0,+

Croissance

-, 0, +

Activités de la base économique (liées à l’extérieur)

Exemple sur les quatre communes précédentes :

35 à 40%

+

+

Activités liées à la demande locale, santé, commerce, transport, logement, restaurant, loisirs, petite agriculture, artisanat

60   65%

- à 0

0

Commentaires sur les résultats

Ce sont les activités locales qui créent le plus d’emploi

Les activités de petite agriculture sont en crise

Généralement, ce sont les activités liées à l’extérieur qui sont le mieux rémunérées

Les activités de services se maintiennent bien, elles ont une assez bonne rémunération et une possibilité de croissance non négligeable

Dans une stratégie de développement local, si on veut développer l’emploi, il faut penser aux activités liées à la demande locale.

Les activités d’exportation liées aux ressources naturelles ont une durée de vie limitée liée à la disponibilité des ressources naturelles.

Les activités liées à l’extérieur ont une capacité de croissance plus grande puisque le marché est beaucoup plus grand.

Il s’agit donc de prendre en compte les deux types de revenus domestiques et externes pour définir une stratégie de développement local.

 

JOUR 2

Les groupes identifient, analysent les différentes affectations des revenus externes en caractérisant les dépenses d’un professeur, d’un mineur, d’une famille recevant de l’argent d’un émigré, et enfin d’un touriste en déterminant pour chacun la propension à dépenser localement, puis le taux de dépense hors commune, puis le taux d’épargne.

Le facteur multiplicateur

Pour comprendre et mettre en évidence l’effet multiplicateur des revenus extérieurs de la commune nous allons décrire sur des communes « types » l’utilisation des revenus pour les types de revenus suivants : un professeur (revenu public), un mineur (productif), une famille recevant l’argent d’un parent émigré (résidentiel) et un touriste « moyen ».

Puis nous classerons l’utilisation de ces revenus en trois colonnes ce qui correspond a des dépenses dans la commune, les dépenses hors commune, et l’épargne. Les deux dernières catégories pouvant être considérées comme des « fuites » hors commune.


 

 

Dépenses dans la commune

Dépense hors commune

Épargne

Cas du professeur

Loyer

Eau, electricité

Vivre

Santé (dispensaire)

Education transport

Habillement et communication

Loisirs et équipement

domestiques

Education des grands enfants

Transport (long) et communication

Santé (hôpital)

Recherches documentations

restauration

Banque IMF

 

Pourcentage professeur

80%

15%

5%

Cas du mineur (indépendant)

Commune urbaine

Alimentation santé éducation habillement communication transport habitat électricité, dépenses sociales, loisirs

Frais de formation universitaires autres

Épargne et banques

Pourcentage mineur

80%

15%

5%

Cas d’une famille d’une commune rurale recevant de l’argent d’un émigré

Achat vivres

Soins de santé primaires

Impôts

Petit matériel agricole, main-d’œuvre non qualifiée

éducation primaire

Cérémonie coutumières et religieuses

Loisirs et habillements

Habillement

Achat moyens de transport

Matériaux et main-d’œuvre qualifiée

Equipement agricole

Soins de santé spécialisés

Education secondaire et supérieure

Energie (pétrole, piles, batteries)

Achat de vivres

Tontines

Dépots dans IMF

Achat métaux précieux

Achat d’animaux

Pourcentage famille rurale de l’émigré

50%

30%

10%

Cas du touriste

Transport et communication

Hôtel

Restauration

Loisirs

Artisanat

Guide

Banque

santé

 

Transport communication restauration loisirs artisanat

Guide

Banque et santé

 

 

Nous allons ensuite comparer les différents résultats des différents acteurs locaux et tirer des enseignements des résultats, en particulier mettre en évidence ce que la commune peut faire pour tenter de favoriser le captage de ressource externe et la valorisation des ressources externes dans la commune.

3. Contenu

Ce qui fait « fonctionner et croitre » l’économie locale sont les revenus d’origine externe, les revenus de la base, mais ce qui est à la base de l’emploi ce sont les activités domestiques en effet ils sont à l’origine d’une grande part des emplois locaux.

Le travail sur les revenus extérieurs met en évidence que les taux des différents types de revenus varient selon les communes. Ainsi, sur certaines communes ce sont les revenus productifs qui dominent et pour d’autres les revenus résidentiels ou publics. Ceci est le premier enseignement : les revenus productifs ne sont pas les seuls que l’on doit prendre en compte quand on s’intéresse à l’économie communale. Dans certains cas les revenus résidentiels ou publics peuvent être beaucoup plus importants, il ne faut donc pas les négliger.

Dans le deuxième exercice, on met en évidence que ce sont les activités locales qui créent le plus d’emplois, mais les activités liées à l’extérieur proposent des niveaux de revenus plus élevés et enfin le potentiel de croissance des activités externes est plus important (puisque le marché est « infini » alors qu’il est limité au niveau local)

Sur cette base on peut déjà comprendre qu’il est nécessaire de prendre en compte les activités externes et les activités domestiques si on veut définir une stratégie locale. Enfin, il est à noter que les activités productives basées sur l’extraction des ressources naturelles ont une durée limitée liée à la disponibilité de cette ressource, ceci doit aussi être pris en compte.

En étudiant le mode de dépense des revenus d’origine extérieure, on se rend compte qu’il varie d’un type d’acteur à l’autre, mais dans tous les cas ils se composent de trois types d’affectations ; les dépenses hors commune, l’épargne et les dépenses dans la commune. Nous pouvons ainsi déterminer le type d’affectation des dépenses dans différents cas, celui du professeur, du touriste, de la famille recevant des transferts venant des émigrés ou bien du mineur.

Sur la base de ces données, on peut calculer les facteurs multiplicateurs des revenus extérieurs. Pour commencer, nous utilisons le cas où la structure des dépenses est la suivante : 80% de dépenses dans la commune, 15 % de dépenses hors commune, et 5% d’épargne (les 80% représentent ici la propension à dépenser localement) (les 5% et les 15% représentent les « fuites » hors de la commune du revenu externe). Pour déterminer le facteur multiplicateur : on considère que le revenu extérieur égal à 100 va créer un premier niveau de revenu de 80 (80% de 100) dans la commune ; ce revenu va être dépensé à 80% dans la commune et va donc créer un revenu de 64 qui lui-même va être à nouveau dépensé à 80% dans la commune et créer un revenu de 51,2 et ainsi de suite ….. Quand on fait la somme des revenus créés on trouve 267, soit un facteur multiplicateur de 267%. On remarque que si on modifie les pourcentages des propensions à dépenser localement les taux multiplicateurs vont changer.

Calcul de l’effet multiplicateur

  • Cas du professeur : son revenu total est de 100.
  • Si nous considérons que les 80 % vont être dépensé dans la commune et que 5 seront mis en épargne et 15 hors commune, on trouve un premier niveau qui correspond au commerçant qui a reçu les 80 dans la commune (en fait il s’agit de plusieurs commerçants, artisans, santé, etc.) nous supposons ensuite que le commerçant 1 (fictif) qui a reçu les 80 à la même structure de dépenses que le professeur, c'est-à-dire qu’il mettra 80% dans la commune, 5% en épargne et 15% hors de la commune, ce premier niveau que nous appellerons commerçant 1 va dépenser donc 80% des 80 (=64) qu’il a reçu dans la commune on trouvera donc en niveau 2 un commerçant 2 qui va recevoir 64 ce commerçant 2 va dépenser de même 80% des 64 dans la commune ce qui fait 51,2 puis niveau 3 jusqu’au niveau 6 si on fait la somme des dépenses dans la commune à partir du niveau 1 on trouve donc 267 (= 80 + 64 + 51,2 + 41 + 32,5).

graph

Si on modifie les taux dépensés dans la commune, les revenus dépensés hors commune et les revenus épargnés, avec

  • 85, 10, 5 on obtient un coefficient multiplicateur de 315
  • 50, 25, 25 on obtient un coefficient multiplicateur de 95
  • 75, 10, 15 on obtient un coefficient multiplicateur de 228
  • 70, 10, 20 on obtient un coefficient multiplicateur de 194

Nous pouvons ainsi tirer un certain nombre de commentaires :

  • Quand on fait varier les taux, on remarque que si le taux de dépense dans la commune est élevé le facteur multiplicateur est élevé, une commune peut agir pour favoriser la dépense sur son territoire et donc augmenter le facteur multiplicateur.
  • Le taux de dépense dans la commune s’appelle « la propension à dépenser localement ».
  • Les classes sociales n’ont pas toutes la même propension à dépenser localement, les plus démunis dépensent localement seulement.
  • On peut calculer les propensions à dépenser localement en général grâce à des résultats d’enquêtes.
  • Pour le développement local, les mécanismes clés sont donc de capter des ressources extérieures et de maximiser leurs effets dans la commune.

Remarques :

En fonction du temps disponible, on pourra travailler sur un cas concret proche du lieu de formation, et en se divisant en équipes aller « chercher » les informations nécessaires grâce à des recherches bibliographiques, ou des enquêtes auprès de producteurs, de consommateurs, etc.

Enfin, on peut éventuellement présenter quelques cas de déséquilibres de l’économie locale. Trois déséquilibres principaux peuvent être expliqués : le type « dépendant » dans le cas où l’économie est dépendante d’un type de revenu extérieur, le type « croissance appauvrissant » malgré de bons revenus extérieurs l’économie ne fonctionne pas bien, car les personnes de ce territoire dépensent leur argent ailleurs (cas de la Seine Saint-Denis en France) et enfin le modèle « rentier» dans lequel les revenus extérieurs existent et sont importants, mais par contre l’offre de services existants est faible et peu diversifiée, ce qui entraîne une hausse importante des prix (au premier rang desquels on trouve le foncier) ce qui profite à certains groupes privilégiés, mais le reste de la population est exclue et est rejetée dans la pauvreté, la solution est donc d’élargir l’offre de services, mais pour cela il faut briser certains privilèges, ce qui n’est pas aisé.

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