Mettre les projets sectoriels au service de l’économie locale

 

Le lecteur du premier chapitre de ce guide aura compris que les processus de création de revenu et d’emplois dans une économie locale dépendent de deux mécanismes fondamentaux qui sont :

  • l’aptitude à « capter » les revenus externes, d’une part, et
  • la capacité à en « maximiser » les effets induits au plan interne, d’autre part.

Le deuxième chapitre nous a servi à présenter un outil qui permet de « traduire » cette théorie en un ensemble d’actions (regroupées en axes) de développement compatibles avec les opportunité/menaces d’origine externe et les forces/faiblesses internes à l’économie locale.

Ce troisième chapitre va aider les lecteurs à aller plus loin et à définir les projets sectoriels en accord avec cette théorie, autrement dit des projets qui captent et qui retiennent la valeur ajoutée au profit du territoire.

À cette fin, nous allons avoir recours à l’approche CVT ou Chaîne de Valeur Territoriale, qui constitue à la fois un outil (d’identification des sources de création de valeur au plan local) et une démarche de mobilisation en synergie des acteurs locaux.

Définitions

La chaîne de valeur ou la filière est définie comme l’ensemble des activités allant de la conception à l’utilisation d’un bien ou service par le consommateur final (y compris son recyclage ou sa réutilisation)[1].

Elle se distingue de la présentation sectorielle utilisée normalement dans les documents officiels. La nomenclature comptable classique va regrouper les activités en fonction de leur nature selon un découpage horizontal » :

  • production lorsqu’il s’agit de la transformation matérielle d’intrants en biens,
  • commerce lorsque l’activité consiste à acheter pour revendre sans transformation, et
  • autres services pour désigner les activités à caractère immatériel (assurances, formation,..).

L’approche CVT va regrouper ‘’verticalement’’ dans une même filière les divers secteurs qui contribuent à la mise sur le marché d’un bien ou d’un service. Dans cette approche, il sera donc question autant des producteurs que des commerçants que des autres fournisseurs de services. Le fonctionnement de la filière crée une interdépendance de facto entre les maillons de sorte que l’amélioration du sort du bas de l’échelle peut dépendre des maillons en aval (commercialisation).

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La dimension territoriale du développement sectoriel

 

L’approche chaîne de valeur territoriale est de plus en plus utilisée comme référence dans les guides méthodologiques. L’expérience montre que sur la base de ce type d’analyse, il était possible d’identifier des projets de création de valeur dans les pays en voie de développement autour de productions simples et stratégiques à l’échelle locale, régionale ou nationale.

Ceci tient à plusieurs raisons :

  • L’échec des projets « productivistes » traditionnels, dont les effets sur les revenus des producteurs ont été très largement atténués par les problèmes de valorisation des produits locaux, de détérioration des termes de l’échange et de dégradation des ressources naturelles.
  • Ce succès tient aussi aux risques « d’exportation de la valeur ajoutée » vers les grands centres, qui se trouve lui-même accéléré par le mouvement de globalisation économique. En général, le processus de délocalisation suit l’introduction d’une technologie de transformation moderne performante (par exemple l’extraction mécanisée des huiles) qui déplace la production artisanale du marché (extraction manuelle) et qui risque de transformer les familles qui étaient vendeuses d’un produit de consommation finale (huile) en de simples fournisseurs de matières premières aux unités industrielles installées près des ports[2].
  • Il tient, enfin, au fait que l’approche facilite « l’action collective » des opérateurs et des institutions au sein d’un territoire[3] autour de projets concrets. L’approche permet d’activer les facteurs « endogènes » du territoire et de les mettre au service du développement des filières locales. A cet effet, R. Kaplinsky nous recommande de donner toute leur place, dans une analyse CVT, aux composantes immatérielles de la valorisation des produits, de prendre en compte les dimensions non marchandes des relations entre agents (échange d’information, soutien..) et d’identifier les sources de rente tout au long des chaînes.

Présentation d’ensemble d’une analyse CVT

Dans sa version la plus simple, une analyse de chaîne de valeur se décline en trois étapes :

  • une étape de description et de schématisation,
  • une étape d’analyse
  • une étape de recommandations.

Chacune de ces étapes se décompose en un ensemble de tâches qui requièrent des outils spécifiques.

Description

  • Schéma préliminaire de la chaîne de valeur en termes de stades horizontaux et de canaux verticaux
  • Identification des opérateurs
  • Affinement du schéma par collecte de données auprès des opérateurs (triangulation)

Analyse

  • Mesure des valeurs relatives produites par les divers stades de la chaîne
  • Analyse de la dynamique de la filière
  • Synthèse

Recommandations


Description et schématisation de la CVT

La description de la CVT va procéder en trois étapes :

  1. La première consiste à identifier les stades de la filière à intégrer dans l’analyse.
  2. La seconde consiste à décrire les opérateurs intervenant à chaque stade.
  3. La troisième consiste à intégrer les deux étapes précédentes en un schéma de filière territoriale.


Stades de la CVT

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Acteurs de la CVT

Cette étape est l’étape cruciale. Elle se décompose en deux tâches principales : une identification des acteurs par stade le long de la filière et une typologie des opérateurs à chaque stade.

Identification des acteurs par stade

Le schéma général de la filière va servir de cadre à cette opération. Ci-dessous, nous allons présenter certaines indications.

  • Production agricole : tous les acteurs impliqués dans la production agricole y compris les fournisseurs d’intrants.
  • Transformation : tous les acteurs impliqués y compris ceux qui sont en dehors du territoire
  • Commercialisation : ceux qui travaillent dans la zone comme collecteurs ou ceux qui font le commerce de gros en dehors.
  • Fournisseurs de services : tous les acteurs fournissant des services matériels (transport, équipement, stockage,.) ou immatériels (assistance technique, formation) aux autres acteurs de la filière qu’ils soient organisés ou informels.

Cette opération d’identification peut être effectuée par travail en petits groupe de « connaisseurs ». A ce stade, il n’est pas nécessaire d’avoir une liste exhaustive des acteurs. Ces travaux de groupe peuvent être complétés par des entretiens si certaines fonctions sont mal renseignées. Les résultats obtenus à ce stade seront organisés selon un tableau de la forme suivante :

Fonctions dans la filière

Production

Transformation

Commercialisation

Services

Acteur 1

Acteur 1

Acteur 1

Acteur 1

Acteur 2

Acteur 2

Acteur 2

Acteur 2

Acteur 3

Acteur 3

Acteur 3

Acteur 3

Typologie des opérateurs par stade

Les critères de différenciation les plus couramment rencontrés sont la technique, la localisation, l’accès au capital et la capacité d’innovation.

 

Localisation

 Orientation technico-économique

Zone A

Zone B

Zone C

Commerciale

6 producteurs

Aucun

2 producteurs

Semi-commerciale

5 producteurs

Subsistance

10 producteurs

Schématisation des stades et des acteurs

Un schéma de filière est une représentation des flux physiques et financiers selon un cadre qui distingue en horizontal les stades ou fonctions allant du producteur au consommateur et en vertical les catégories d’opérateurs en fonction de leur technologie et de leur organisation. Ce schéma établi grâce à des connaisseurs de la filière est utilisé pour identifier les opérateurs et pour collecter les données complémentaires sous forme d’entretiens. Grâce au schéma des flux, ces entretiens seront conduits selon une logique de « triangulation », qui permet d’améliorer la qualité des données en confrontant des sources opposées le long de la CVT.

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Outils d’analyse de la CVT

Rappel de la notion de valeur ajoutée

La notion de valeur ajoutée désigne la valeur que le processus de production permet d’apporter aux matières premières achetées. Elle est calculée comme la différence entre la valeur de la production ou chiffres d’affaires et celle des consommations intermédiaires, qui incluent tous les biens et services « consommées » pour sa production. Cette valeur ajoutée sert à rémunérer les facteurs de production durables qui sont utilisés mais non consommés dans le processus de production, à savoir la terre, le travail et le capital.

Répartition de la valeur ajoutée

Il s’agit à cette étape de calculer la valeur ajoutée et l’emploi de la filière, et de dégager la part qui est « retenue » localement.

  • Effectif des personnes employées et répartition par maillon : On se basera sur les inventaires ou les recensements effectués au cours de la description de la filière et sur la typologie des opérateurs pour organiser la collecte de cette information.
  • Chiffre d’affaires par maillon : On se basera sur le relevé des prix aux divers stades de la filière et sur la cartographie des flux pour construire un tableau des chiffres d’affaires pour la CVT.
  • Répartition des valeurs ajoutées par maillon : Pour chaque stade de la CVT, on calculera les valeurs ajoutées en appliquant aux chiffres d’affaires, calculés auparavant, ce que les comptables nationaux appellent les taux d’intégration, qui est défini comme le coefficient qui permet de « convertir » la valeur de la production en valeur ajoutée.
Dynamique de la CVT

Il s’agit à cette étape de produire une évaluation de la compétitivité de chacune des sous-filières de la CVT.

  • Analyse comparative des technologies utilisées dans chacune des sous-filières en termes de coût et d’efficience.
  • Analyse comparative des caractéristiques « organisationnelles » de chacune des sous-filières en termes de flexibilité, de capacité d’adaptation à la demande, de gestion des risques et de valorisation des spécificités des ressources locales.

Synthèse

Il s’agit, à ce stade, de formuler simplement les potentiels d’évolution de manière qualitative pour chacune des sous-filières sur la base des analyses antérieures.

CVT

Valeur ajoutée générée

Potentiels d’évolution

Sous filière 1

 

 

Sous filière 2

 

 

Recommandations

Les experts ont mis en place un cadre sous forme de matrice qui permet d’organiser la réflexion sur les axes de développement en cohérence avec l’approche CVT en termes de renforcement des maillons, amélioration entre maillons, redéfinition des activités ou de développement de nouveaux liens.

Filières

Renforcement des maillons

Relations entre maillons de la chaîne

Redéfinition des activités dans les maillons

Développer de nouveaux liens dans la chaîne

Fruits et légumes

Petits producteurs

Rapprocher les producteurs des agents d’exportation

Les producteurs doivent s’auto-contrôler en matière de qualité

Les exportateurs intègrent la filière amont

Conserves de fruits

Petits producteurs

Intégration verticale à améliorer

Peu d’opportunités de redéfinition

Possibilités de développer des « marques régionales »

 


[1] R. Kaplinsky, et M.L. Morris/2001/ A Handbook for Value Chain Research, publié par Institure od Development Studies et accessible sur internet.

[2] cf pour une illustration au Maroc, l’étude de marché des huiles d’argan GFA/Agro-Concept. Projet MEDA Arganier/2005.

[3] Le territoire est ici entendu comme un « espace construit historiquement et socialement, où l’efficacité des activités économiques est fortement conditionnée par les liens de proximité et d’appartenance à cet espace » (Muchnik, Sautier, 1998).

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